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L'enseigne de Vaisseau de 1ère
classeJean Roulier
(1891-1916) faisait partie des pilotes du Centre d'Aviation Maritime
de Venise.
L'enseigne de vaisseau Roulier (à
gauche) et les
lieutenants de vaisseau Reynaud (chef du centre) et Conneau-Beaumont
(L'Illustration)
Début juillet
1915, Jean Roulier, à bord
de son appareil, bombarde le sous-marin autrichien U-11. Selon
l'édition du Miroir du 18 juillet, les deux bombes
lancées
par l'aviateur provoquèrent la mort de 4 marins et de
forts dommages au bâtiment.
L'Illustration du 10 juillet, plus prudente, se limite
à déclarer qu'il était "permis de croire
qu'elles ne furent pas inefficaces". En fait, il semble
bien que ce bombardement fut sans conséquences pour le
submersible, car Sokol, dans son ouvrage
La Guerra Marittima dell'Austria-Ungheria, ne cite aucun évènement
particulier dans le compte-rendu des actions du U-11 pour le
mois de juillet 1915...

L'attaque du 3 juillet 1915 (Le
Miroir)
Le 28 août 1915, Jean Roulier
prend le commandement du nouveau poste avancé de Grado,
situé à 80
kms environ de Venise.
Le 15 août 1916, il part avec sa section bombarder
Trieste. Attaqué par un hydravion
autrichien, un Lhoner 16 piloté par le lieutenant de vaisseau
Banfield, Jean ROULIER est tué ainsi que son mitrailleur,
le quartier-maître mécanicien
Auguste Henri Costerousse.
Les funérailles du pilote ont été décrites par
le journaliste Robert Vaucher dans le numéro du 26 août 1916
:
Venise, 17 août
Les obsèques de 6e jeune officier, l'enseigne
de vaisseau Jean Roulier, ont été célébrées
aujourd'hui. Ce fut, sous une radieuse matinée d'été,
la plus émouvante des cérémonies. Toute la
garnison de Venise, l'amiral à sa tête, avait voulu
témoigner sa gratitude à l'officier qui avait été cité,
l'an dernier, dans le communiqué officiel, pour avoir lancé à très
faible altitude des bombes sur un sous-marin autrichien. Et chacun
pensait, dans cette union douloureuse et fraternelle des armées
alliées, à Bruno Garibaldi, tombé dans l'Argonne.
A l'hôpital de la Marine, les marins italiens et les marins
français de l'aviation maritime, les soldats de l'escadrille
de terre formaient la haie jusqu'à la chapelle ardente.
Le cercueil était recouvert des deux drapeaux tricolores
et la croix de guerre du jeune officier était piquée
sur le drapeau français. Après les prières
religieuses, l'amiral et plusieurs officiers supérieurs
des services aéronautiques firent avec émotion l'éloge
de l'enseigne de vaisseau Jean Roulier, mort au champ d'honneur,
et ils assurèrent ses camarades français de leur
profonde sympathie. Gabriele d'Annunzio, en uniforme de lieutenant
de lanciers, avec ses insignes d'aviateur, prononça ensuite
un émouvant discours:
« Il ne convient pas, dit-il, d'avoir des paroles de douleur
ni de verser des larmes sur ce jeune allié qui eut le sort
dont il était digne, la fin dont il se rendait chaque jour
plus digne en l'attendant d'un cœur intrépide.
» Dans sa dernière lettre écrite
en une heure de pressentiment qui, pour les héros, n'est
pas un nuage de tristesse, mais une lucide acceptation, il ne
souhaitait à ses
compagnons que d'avoir une belle mort. Il savait que la belle mort
est le couronnement suprême du combattant et que nul autre
prix, nul autre honneur ne la vaut, pas même une vie utile.
Il l'a obtenue comme il la songeait: très haute. Il est
mort, en plein jour ; il est tombé sur la mer comme dans
la lumière...
» La mort fulminante n'a pas pu éteindre
son sourire, ce sourire de perspicace ironie qu'il avait dans
la vie de tous
les jours avec ses intimes et avec les étrangers. Le sourire
de la vieille France, ce signe de l'excellence de sa race, qui
persiste encore dans l'ombre, sous le plomb meurtrier. Celui qui
l'a vu ne peut l'oublier. Cet amant ailé du danger avait
la jeunesse, la richesse, la grâce, l'amour des choses belles
et de la poésie, une élégance de l'esprit
un peu dédaigneuse qui séduisait, le courage tranquille,
la foi claire. Il avait tout cela et son sourire. Il a tout donné pour
la grande cause et le sourire lui est resté. C'est celui
de la France debout et sanglante, c'est le nôtre, l'invincible
sourire latin, opposé à la fureur bestiale, à la
monstruosité bouffonne des barbares. C'est une arme spirituelle
qui ne se consume pas, qui ne tombe pas, qui ne se vend pas et
qui ne se prend pas. A l'exemple de ce jeune frère glorieux,
nous l'affilons et nous le pointons sur une longue et âpre
côte. Mais déjà brillent les rayons nous apportant
la certitude de la victoire. »
Après ces paroles enflammées, le cortège
s'éloigna sur le canal. Une gondole portant le clergé précédait
celle qui contenait le cercueil. Une longue file de barques chargées
de couronnes suivit jusqu'au cimetière, tandis qu'un avion
italien planant au-dessus de la lagune laissait tomber des fleurs.
Durant le cortège, les camarades de l’enseigne
Jean Roulier me racontèrent les péripéties
du combat dans lequel il trouva la mort. L'escadrille française
et italienne qui avait reçu l'ordre de bombarder les établissements
militaires de Trieste fut attaquée par les avions de chasse
autrichiens avant que l'escadrille de protection pût intervenir.
L'enseigne Roulier fut surpris au moment où il lâchait
ses bombes sur les hangars militaires de Muggia. Il fut mitraillé à cinquante
mètres, avant même d'avoir vu son adversaire. Son
avion s'abattit et le corps du malheureux officier quitta l'appareil à trente
mètres au-dessus de la mer. Malgré le
tir des batteries ennemies, des torpilleurs italiens purent le
recueillir, mais ne retrouvèrent pas le cadavre du mécanicien
Costerousse, un des meilleurs de l'escadrille. Ils rentrèrent à Venise
tandis que les bombardiers achevaient leur mission et que l'escadrille
de chasse française mettait en fuite les avions autrichiens.
Comme épilogue à ces obsèques émouvantes,
le commandant Reynaud a lu au rapport, devant l'escadrille réunie,
la dernière lettre de l'enseigne Jean Roulier, qui se terminait
par ces mots: « Je vous souhaite à tous une belle
mort... Vive la France! »
Les funérailles de Jean Roulier (L'Illustration)
Le cercueil lors de son transfert
vers le cimetière de Venise (L'Illustration)
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