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Cette partie du site est consacrée à la présentation des
extraits des historiques des régiments ayant combattu en Italie. Seule
la "période italienne" des historiques est présentée. Pour lire les historiques
dans leur intégralité, cliquez ici.
Extrait de l'historique du 50ème Régiment
d'Infanterie
Sur ces entrefaites (fin octobre) l’Italie subit un échec
d’une telle gravité que le Conseil supérieur de guerre
décide l’envoi à son secours d’un corps expéditionnaire
franco-anglais. Le XII° C.A. est désigné pour en faire
partie. Le 50° s’embarque à Dormans les 17 et 18 novembre,
débarque à Vintimille, est transporté en auto de Vintimille à San
Dalmazzo (deux étapes), s’embarque de nouveau à San
Dalmazzo pour
aller débarquer dans la région de Vérone, à Sommacampagna.
Voyage d’une durée moyenne de neuf jours, par un froid très
vif. La D.I. n’est pas employée à arrêter l’offensive
austro-allemande.
Le régiment passe les mois de décembre et
de janvier dans les cantonnements des environs de Sommacampagna, le mois
de février et la moitié de mars au nord de Vicence, partie à Isola
di Malo et environs, partie àCartigliano (sur la Brenta).
Le 18 mars, il est transporté en auto sur le plateau des Sept Communes
où il prend un secteur sur le rebord sud du plateau d’Asiago,
au sud-est d’Asiago, devant le Monte Sisemol et Stellar, occupés
par les autrichiens. L’altitude moyenne est de 1200 mètres,
le sol est couvert de neige, le froid est intense, il n’y a pas d’abris
confortables, officiers et troupe sont logés dans des baraques ou
cabanes de fortune qui les préservent à peine de la pluie
et de la neige. Le secteur fait face au nord ; la première ligne
descend en pente forte de Cima-Echar (de 1366 mètres à 1077
mètres)
puis se maintient dans la partie basse du Plateau (débouché de
la vallée de Turcio) en faisant un saillant assez prononcé pour
englober le mamelon de Capitello-Pennar (1127 mètres). Une double
route venant de l’arrière par la vallée de Turcio (naturellement
très bombardée) ; mais le terrain est très boisé,
il y a de nombreuses pistes. De Cima-Echar à l’est et du Monte-Sprunk à l’ouest
on domine le plateau. Et précisement la première ligne autrichienne
est installée au milieu du plateau même, à une distance
moyenne de 2000 mètres de la ligne française ; de la crête
du Sisemol à l’est elle va passer par Stellar et Zocchi. Des
divers observatoires le mont Sisemol paraît un mouvement de terrain
insignifiant, peu profonds les ravins qui précèdent Stellar
et Zocchi au sud. Effet de distance df’abord, et puis il y a le fond
de tableau qui est un mur énorme de 1600 à 1700 mètres
d’altitude moyenne. Quand on est au pied du Sisemol, il paraît énorme
et ses pentes sud très raides (en réalité il a environ
150 mètres de hauteur) ; même erreur pour les ravins de Zocchi
et de Stellar.
La fin du mois de mars et le mois d’avril sont employés à l’adaptation
des organisations aux méthodes françaises, à l’équipement
du secteur en vue d’opérations ultérieures, à la
défense contre les intempéries, à l’étude
approfondie du terrain. Les hommes s’habituent vite à cette
vie de montagne ; cependant ils souffrent du climat rigoureux et les travaux
sont particulièrement pénibles. On redescend dans la plaine
les 29 et 30 avril (la 23° D.I. a relevé la 24° D.I.) et,
tout en se reposant, on prépare l’offensive prochaine. Cette
offensive, les nouveaux de France la font désirer par tous comme
un moyen d’aider, même de loin, notre cher pays à se
défendre.
Elle set prévue, semble-t-il, pour une date proche du 15 juin. Dés
les premiers jours de pluie, le régiment remonte dans la montagne
par étapes.
Dans la nuit du 11 au 12, le 1er bataillon (commandant
Happe) s’installe en première ligne à l’ouest
de Capitello-Pennar. C’est le commencement d’exécution
du plan d’attaque ; les deux autres bataillons restés
provisoirement en arrière, prendront le 15 leur emplacement
de combat. L’ennemi
donne à peine signe de vie, il ne riposte même pas aux
tirs de destruction et de surprise que lui prodigue notre artillerie.
Mais dans
la nuit du 14 au 15, vers 2 h 45, il déclenche un bombardement
terrible sur un front immense, par obus de tous calibres (depuis le
77 jusqu’au
420) et par obus toxiques ; les arrières, routes, camps rapprochées,
sont violemment battus. Il s’agit évidemment d’une
attaque de grand style à la manière allemande. Le 15 à 6
heures, l’infanterie autrichienne se porte à l’attaque
; les vagues d’assaut sont suivies d’unités en formation
de manoeuvre ; c’est un immense mouvement en avant. Mais il est
parfaitement vu de nos observatoires ; Aussitôt que les premières
vagues arrivent à bonne
portée, mitrailleuses et fusils mitrailleurs commencent leur
sanglant fauchage, l’artillerie déclanche son tir de barrage.
C’est
une effroyable hécatombe ; quelques groupes essaient cependant
d’avancer
quand même vers nos lignes : ils ne réussissent qu’à se
faire massacrer. Aucun autrichien ne peut arriver les armes à la
main jusqu’à nos fils de fer. Et après, pendant des heures, on voit des groupes tourbillonner sur
le plateau, courir dans tous les sens, refluer vers l’arrière,
poursuivis implacablement par les tirs de notre artillerie qui suit leurs
mouvements et par des tirs indirects de mitrailleuses. Devant le 50°,
comme d’ailleurs devant tout le front français d’Italie,
malgré les moyens très puissants qui ont été mis
en oeuvre, l’attaque a lamentablement échoué. Le terrain
reste jalonné par de très nombreux cadavres. Cependant le bombardement
reste très violent toute la journée du 15 et la nuit du 15
au 16. Il y a des pertes non seulement au 1er bataillon qui est en première
ligne mais aussi au 2° bataillon qui monte le 15 à midi s’installer
en position de soutien. Le 1er bataillon a été cité à l’ordre
du XII° C.A. pour sa belle résistance.
Cette attaque, qui, si
elle n’a pu entamer la ligne française, a réussi sur
d’autres points du front italien, oblige le commandement à abandonner
provisoirement ses projets d’offensive. Le 1er bataillon est relevé le
19 juin, puis le 50° tout entier reprend son ancien secteur (du 21 au
23 juin) à la place du 78° R.I. Le calme est revenu, on travaille à réparer
les dégâts causés par les bombardements. Le 24, nouveaux
mouvements, en vue de l’exécution du plan d’attaque ;
le 26, retour des bataillons à leurs emplacements. Alors le commandement
français organise le harcèlement constant de l’ennemi
par patrouilles, reconnaissances, forts coups de main. D’abord, une
compagnie du bataillon de droite (11° compagnie, capitaine Mience) appuie,
le 30, les contre-attaques italiennes sur le Monte di Val Bella, en couvrant
leur flanc gauche. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, la 5° compagnie (lieutenant
Latournerie) exécute sans préparation d’artillerie une
incursion sur le Sisemol. Elle tue bon nombre d’autrichiens et ramène
cinq prisonniers, sans perte. Chaque nuit, de fortes patrouilles sortent,
les unes avec mission de surveillance, les autres avec mission offensive.
Dans la nuit du 12 au 13 juillet, reconnaissance par la
3° compagnie
(capitaine Menon) sur les pentes sud du Sisemol et l’ouvrage
dit « de
Bertigo » ; dans la nuit du 13 au 14, coup de main avec appui
de l’artillerie
sur le même ouvrage ; la compagnie ramène six prisonniers.
Dans la nuit du 22 au 23 juillet, le 50°, relevé de
la première
ligne, prend la situation de réserve ; il fournit surtout
des travailleurs ; mais en même temps, il prépare
et exécute deux opérations
:
a) dans la nuit du 24 au 25 juillet, coup de main par la
10° compagnie
(capitaine Adrian) sur Stellar : 15 prisonniers
b) dans la nuit
du 9 au 10 août, le 1er bataillon renforcé de la 6° compagnie,
de deux sections du génie, d’une section de pionniers,
sous le commandement du commandant Happe, exécute sur le
Sisemol une incursion profonde. Pleinement réussie, cette
opération donne les résultats
suivants :
- Nombreux Autrichiens tués
- Abris détruits
dans la zone d’incursion
- 1 canon de campagne détruit
- 247 prisonniers dont 5 officiers
- 5 mitrailleuses, 1
mortier de tranchée
Après
deux semaines passées dans la plaine, par une chaleur très
pénible, deux autres au flanc de la montagne (ligne intermédiaire)
le régiment reprend les 25, 26 et 27 septembre son ancien
secteur et son activité agressive :
- le 10 octobre, patrouille
Pascarel (sous-lieutenant 9° compagnie) sans artillerie : 9
prisonniers, 2 mitrailleuses - le 12 octobre, une patrouille ramène
5 prisonniers rencontrés entre
les lignes
- dans la nuit du 14 au 15 octobre, patrouille
Berrurier (sous-lieutenant 10° compagnie) sans artillerie : 4 prisonniers, 1 mitrailleuse
- dans
la nuit du 16 au 17 octobre, patrouille Morel
(sous-lieutenant 2° compagnie)
sans artillerie : 32 prisonniers, une mitrailleuse
- dans la nuit du 19 au
20 octobre, patrouille Touze (sous-lieutenant
1ère compagnie) : 4
prisonniers, 1 mitrailleuse
Enfin, pendant que le régiment est revenu
en réserve, a lieu une opération plus importante ; la dernière.
Le 31 octobre, le 2° bataillon, renforcé de la 9° compagnie
et d’un groupe de pionniers, sous le commandement du chef de bataillon
Rivet, reçoit la mission de pénétrer dans la position
ennemie sur un front de 1500 mètres et une profondeur de 2000 mètres
(Mont Sisemol, Mont Ferragh) ; si l’ennemi a commencé un repli,
comme de nombreux signes permettent de le croire, de l’accrocher de
façon que toute la D.I., immédiatement prévenue et prête,
puisse intervenir et par une action énergique transformer le repli
méthodique de l ‘ennemi en retraite précipitée
et désordonnée. La mission est intégralement remplie.
Déclenchée à 22 heures, l’attaque progresse d’abord
sous le feu de l’artillerie ennemie qui bombarde le Sisemol et le Ferragh,
mais sans rencontrer d’infanterie ; puis le détachement descend
audacieusement dans le Val Frenzela, ravin de 200 mètres de profondeur,
aux pentes à pic (la nuit est très noire), il trouve l’ennemi,
l’attaque, lui prend 220 prisonniers, 12 canons, 3 mitrailleuse. Puis
par suite de ses renseignements il est dépassé par les 108° et
126° qui marchent hardiment en avant, bousculent les arrières
gardes ennemies, ouvrent une brèche importante dans le front autrichien
qui s’écroule.
Le 3 novembre, le 50° commence un mouvement
de la 24° D.I. vers le Trentin :
une étape très pénible à travers
la zone bouleversée des lignes
conquises, un bivouac dans un village
détruit, que les cuisines roulantes
ne peuvent pas atteindre ; puis vers
minuit, la nouvelle de l’armistice.
Cette nouvelle est accueillie sans grand
enthousiasme : pour nous, le sort de
la guerre se décide
sur le front français, et là,
ce n’est pas fini. Oh !
notre France ! Comme nos coeurs ont souffert
depuis le 21 mars en apprenant les succès
des allemands, leurs avances inquiétantes,
le danger couru par la Patrie ! que de
fois chacun de nous s’est écrié : « Mais
que faisons nous ici ? Pourquoi ne pas
rentrer ? » Pourtant si nos
chefs nous laissent en Italie, c’est
bien que nous avons un rôle
important à y jouer ! En dehors
de l’appui moral que constituait,
dès novembre 1917, pour l’armée
Italienne la présence
des troupes alliés, avec leur
exemple constant de ténacité inébranlable,
d’invincible espérance,
d’esprit offensif et d’audace,
nous pouvons certes, revendiquer une
grande part dans l’affrontement
final de l’armée autrichienne,
enfoncée sur le Piave
par la 23° D.I., sur l’Altipiano
par la 24° D.I.
La 24° D.I.
est citée au bulletin de guerre
de l’Armée italienne,
n° 127 du 5 novembre 1918. Le 50° R.I.
est cité à l’ordre
de l’Armée en ces termes
: « Régiment au passé glorieux
qui, depuis le début de la guerre,
a montré la plus belle ardeur
combative, en Régiment au passé glorieux
qui, depuis le début
de la guerre, a montré la plus
belle ardeur combative, en Belgique
(août
1914), à la bataille de la Marne
(septembre 1914), en Artois (25 septembre
1915), puis sous le commandement du
Lieutenant-Colonel Larrieu, dans les
récents combats
livrés dans la région
d’Asiago, où il a rempli
intégralement les missions confiées,
notamment les 9 août, 31 octobre
et 1er novembre 1918, faisant subir à l’ennemi
des pertes sensibles et capturant plus
de 500 prisonniers, des mitrailleuses
et 13 canons. » (ordre du 20
novembre 1918).
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Photographie de soldats du 50ème Régiment d'Infanterie, juillet 1916 (collection
de l'auteur)
Portrait réalisé en studio d'un
soldat du 50ème
R.I. décoré de la Croix de Guerre, juin 1917 (collection
de l'auteur)
Le même soldat, photographié avec son épouse
(collection de l'auteur)
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