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Cette partie du site est consacrée à la présentation des
extraits des historiques des régiments ayant combattu en Italie. Seule
la "période italienne" des historiques est présentée. Pour lire les historiques
dans leur intégralité, cliquez ici.
Extrait de l'historique du 107ème Régiment
d'Infanterie
Italie
Le régiment était depuis un mois au repos et à l’entraînement
dans de coquets village de la montagne de Reims, il fut brusquement transporté en
Italie, où le recul de Caporetto jusqu’au Piave avait fait envoyer
en toute hâte des divisions françaises et anglaises.
Après avoir consacré quelques mois à l’organisation
d’une portion du front du Piave, le 107° RI se trouva affecté en
4/1918 à la défense de l’Altipiano d’Asagio, où il
avait de fortes présomptions de croire à une prochaine et puissante
attaque des autrichiens. Le Commando supremo après quelques hésitations,
s’était décidé à prendre l’offensive
quand le 15/6/1918 l’armée Autrichienne nous devança.
En face des troupes française, elle trouva un mur infranchissable, à l’abri
duquel les Anglais à gauche et principalement les italiens à droite
purent rétablir une situation assez compromise. Le régiment
qui était en réserve le 15, fut entièrement
dépensé en renforts de la première ligne d’infanterie,
le lieutenant Leblond et le capitaine mitrailleur Labarbarie se distinguèrent
tout particulièrement. Un coup de main brillant exécuté le 19 par la compagnie Debat
compléta la démoralisation de l’ennemi ; 72 Autrichiens
restèrent entre nos mains.
Piave
Tout le monde sentait que l’instant était proche,
qu’il
allait être acteur dans le grand coup, si on voulait avoir part à la
curée ; c’est sur le PIAVE que le Commando Supremo se décida à tenter
sa chance. En tête des forces françaises, le 107° RI fut
appelé en toute hâte. Le 23/10/1918 pour prendre sa position
de départ à Pederobba. C’était un point vital de l’ensemble de l’opération,
celui où le Piave sort des montagnes, celui par où l’ennemi
eut pu inquiéter le flanc des armées italienne ayant franchi
le fleuve avec succès.
Large de 2 Kms environ, le lit du Piave était limité par
deux falaise à pic. Au pied de la falaise alliée, rive
droite, coulait le fleuve en plusieurs bras impétueux (4,5 m/s)
qui serpentaient sur des grève de galets. Ce terrain découvert
se continuait par une plaine humide et broussailleuse, occupée
par de petits postes autrichiens, jusqu’à la falaise rive
gauche que ceux-ci avaient puissamment fortifié. Le tout était
dominé par des
montagnes. L’opération du 107° RI, comportait deux temps ; à la
tombée de lnuit du 26/10/1918 le 3° bataillon passe en bateaux
pour établir une tête de pont rapprochée, permettant
la construction d’un pont de bateaux. Aussitôt construit, le
pont est franchi par les autres bataillons qui élargissent le cercle
de sureté.
La première partie de l’opération, admirablement combinée
par le chef de bataillon Chabauty, commandant le 3° bataillon, rencontra
le plus gros obstacle de la part du courant qui dispersa les bateaux transportant
le bataillon sur un front de 1500 m. En pleine nuit, chaque fraction de
débarquement s’organise, s’oriente tant bien que mal sur
la direction primitivement donnée, et opère le nettoyage de
tout ennemi dans sa zone. Malgré les circonstances si défavorables,
le but fut atteint, le pont construit sous la protection du bataillon.
Pendant ce temps, mis en éveil par les premiers coups de feu, l’ennemi
fouillait de ses projecteurs les rives du fleuve. Ayant enfin découvert
le pont, il y concentrait un feu des plus puissants, des plus précis
d’artillerie de tous calibres, accompagné d’un tir de
barrage sur les deux rives. Les 1 et 2° bataillons venaient à peine
de passer sur le pont enfin terminé que ce dernier atteint par un
obus, était rompu et dispersé. Il faisait encore nuit noire.
Sans que ce grave incident jetât dans la troupe le
moindre trouble , chacun va droit à sa mission ; occupation de la
falaise par le 2° bataillon à droite,
le 1° à gauche et le 3° en réserve. Héroïquement
enlevé par son chef, le commandant Magord,
blessé au cours de l’opération, le 2° bataillon attaque
cette falaise de 40 m de haut dont la possession pouvait seule garantir
la troupe et le pont. De nombreux fils de fer étaient tendus en travers
dans les fourrés et sur la pente. Tous sont successivement cisaillés à la
main, et entonnant la charge, le clairon Artigalas, bientôt suivi par
les autres, redonne à chaque fois aux assaillants le courage pour
un nouveau bond. C’est dans cet acte héroïque qu’il
trouve la mort ; la même balle qui traversait son instrument, l’atteignit
au front. Mais, peu importe la falaise était à nous, chèrement
achetée il est vrai pour la moitié de l’effectif de ce
bataillon. Les contre-attaques répétées ne nous l’enlèveront
plus maintenant, car tous les grenadiers sont à leur poste, car toutes
les mitrailleuses sont en barrage, dussent les chefs de peloton comme l’adjudant
Devaloir, servir eux-mêmes les pièces.
Au bataillon de Beauhamp, où le succès fut
complet le coup d’œil, l’habileté manœuvrière
et le courage du lieutenant Leblond mérite une mention particulière. Chargé
d’opérer avec ses 4 sections et 2 mitrailleuses sur un
front de 1500 m, il se flanc-garde à Osteria-Nuova par la section
d’infanterie du sergent Garcenat et la section de mitrailleuses du
sergent Batout qu’il fixe en ces termes, la mission ; « je ne
puis vous envoyer ni renforts, ni munitions, mais je vous rappelle qu’il
faut tenir à Osteria-Nuova. Vous connaissez l’importance de
cette position dont la perte mettrait la compagnie en danger, j’ai
confiance en vous. » L’Osteria-Nuova nous resta malgré de
violentes et nombreuse contre-attaques. On suppléa aux cartouches
que la rupture du pont avait empêché de passer, en prenant aà l’ennemi,
mitrailleuses et munitions, aussitôt retournées contre lui.
Pendant ce temps avec les 3 autres sections sous son commandement, le lieutenant
Leblond s’infiltra à la faveur de l’obscurité,
par les points non gardés de la falaise pour en attaquer les défenseurs
par derrière au petit jour. Au tableau : 2 obusiers, 2 canons plus de 20 mitrailleuse, près de
300 prisonniers.
Par son héroïque ténacité, par
son activité à mordre
sans cesse, le 107° RI prit définitivement barre sur l’ennemi
et le 28/10/1918, des troupes fraîches purent passer sur le pont enfin
rétabli pour consommer notre victoire. C’est par ce fait d’armes, qualifié par toute la presse
française et italienne comme l’un des plus beaux et des plus
héroïques , que le 107° RI conquit la fourragère
sous le commandement du lieutenant-colonel Berteaux et termina brillamment
la guerre.
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